Critiques

Toxoplasma, de Calvo

26 juillet 2018
Toxoplasma de Calvo

Je dois d’abord vous avouer une chose : je ne connaissais pas Calvo avant d’entendre parler de Toxoplasma, publié chez La Volte. C’est d’autant plus gênant que son auteure réside à Montréal et a publié de nombreux romans chez Bragelonne, Les Moutons Électriques et, bien sûr, La Volte.

Aussi bien dire que je ne savais rien de son univers d’écriture avant de m’y lancer – enfin presque rien, car j’étais allé au lancement à la Librairie Gallimard. La discussion entre l’auteure et l’animateur était d’ailleurs passionnante : j’ai presque aussitôt commencé le roman!

Et c’est quoi?

À la suite d’un soulèvement, Montréal est devenue une commune assiégée par l’armée du Roy. On y survit tant bien que mal, les ressources se faisant rares et internet ayant été remplacé par un réseau nommé Trophonion.

Au milieu du chaos, chacun tente de vivre une vie “normale”. Parmi eux, Nikki Chanson, Française exilée volontairement à Montréal, employée d’une boîte de location de VHS (auquel on préfère le format Betamax!) et détective spécialisée dans la recherche des chats perdus. De fil en aiguille, elle se met à enquêter sur des meurtres d’animaux qui la mèneront bien plus loin qu’elle aurait cru, avec l’aide de ses amies Kim et Mei.

Je ne veux pas trop en dire : l’univers de Calvo est particulier, surprenant même, et je vous encourage à vous y plonger pour le découvrir.

Un style haut en couleurs

Aussi bien le dire tout de suite : la plume de Calvo est percutante. Avec ses phrases courtes, souvent près de l’action et qui révèlent en peu de mots les sentiments souvent à fleur de peau de ses personnages, avec ses changements de style et de point de vue selon que l’on suit un personnage ou l’autre, avec ses descriptions des rêves de Nikki ou, celles, parfois frustrantes d’hermétisme du Trophonion, c’est une véritable course qui pourrait nous étourdir pour peu que l’on ne prenne pas garde.

On entre dans un roman sans concession stylistique : à nous de nous adapter. Cela peut prendre quelques pages, voire un chapitre, mais nous force d’autant plus à pénétrer l’univers du récit. Et c’est tant mieux!

Un Montréal cyberpunk sublimé

Le roman est touffu. Si on devait le catégoriser (ce qui ne serait absolument pas lui rendre justice), j’opterais pour le cyberpunk. Le Montréal de Calvo semble proche dans le temps, avec quelques avancées technologiques par-ci, par-là. L’île étant encerclée, il y règne un genre de pessimisme, d’attente de fin du monde qui n’est pas sans rappeler ce genre littéraire. Mais il serait injuste de confiner Toxoplasma à ce seul style, puisqu’on y retrouve des touches de fantastique et de thriller, entre autres.

Un roman aux multiples thématiques

Thématique légère : Nikki est fan de films d’horreur – tellement qu’il est difficile de ne pas y voir la figure de l’auteure derrière!

Plus sérieusement, on y trouve en filigrane une forme de critique politique et sociale. Quand Calvo décrit Montréal, on ne peut s’empêcher d’y voir à la fois un cri d’amour pour cette ville et une critique du manque de vision politique : “Montréal est un décor de cinéma interchangeable : des boîtes vides aux façades parfois d’une grande beauté, au contenu régulièrement remplacé, détruit, vidé, refait.”. L’auteure perçoit des choses tellement simples, tellement évidentes, et les lire fait à la fois réfléchir et sourire, et nous rappelle ce que l’on ne voit plus.

On y retrouve aussi une belle peinture du cosmopolitisme de notre ville : presque aucun des personnages n’est un “québécois pure laine”.

Et, bien entendu, la féminité est une thématique forte, englobante, à la fois intime et projetée. Sans être une critique sociale explicite, la voix du roman est définitivement féminine (un des hommes accepte d’ailleurs que l’on parle du groupe d’amis au féminin même s’il est présent, brisant la règle du “masculin qui l’emporte”).

Des dialogues maladroits

Là où j’ai accroché, c’est dans le mélange d’expressions françaises et québécoises. Que ce mélange se fasse dans la narration ne m’a pas dérangé outre mesure : Nikki est française, et il m’a paru normal que la narration emprunte des expressions des deux côtés. Au contraire, cela colore la narration. Dans ses dialogues, encore une fois puisque Nikki est française, il est normal qu’elle empruntes des expressions aux deux langues.

Par contre, que des personnages n’ayant rien de français utilisent autant d’expressions françaises m’a, à de nombreuses reprises, fait décrocher, surtout qu’elles sont souvent accolées à des expressions québécoises.

La peinture de Montréal qu’en fait Calvo est tellement vivante que le contraste avec les expressions françaises détonne et sonne faux. J’avais l’impression de lire l’auteure plutôt que les personnages et ça m’a franchement énervé. J’ai tenté de me raisonner, en me disant que le livre est publié à La Volte et donc destiné à un public français qui trouverait l’abondance d’expressions québécoises plutôt “mignonne”, mais avec peu de succès.

“Et puis, tu aimes ou pas?”

Je m’en voudrais de terminer sur une note négative. Toxoplasma est une superbe aventure. Le style de Calvo vaut à lui seul le détour, et l’histoire est touffue, parfois intime, parfois grandiose, toujours passionnante. C’est un roman inclassable, mais d’une grande maîtrise, que je me dois de vous recommander.

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