Critiques

Et si le Diable le permet, de Cédric Ferrand

14 décembre 2017
Cedric Ferrand - Et si le Diable le permet

Voici notre quatrième article portant sur les finalistes du Prix des Horizons imaginaires. Nous avons déjà publié la critique de La chambre verte, de Martine Desjardins (Alto), Les Rivières, suivi de Les montagnes, de François Blais (L’instant même) ainsi que Les Cendres de Sedna, d’Ariane Gélinas (Alire). La dernière critique sera celle de Rénovation, de Renaud Jean (Boréal).

Nouveauté chez Étranges Lectures : la critique commune!

Comme on est deux grands fans de Cédric Ferrand, on a tous les deux lu son plus récent roman, Et si le Diable le permet. Et nos avis… divergent un peu! On a eu beaucoup de plaisir à échanger nos idées, alors on a décidé d’écrire la critique à quatre mains, comme si vous étiez avec nous lors de notre engueulade échange de points de vue!

C’est quoi, Et si le Diable le permet?

C’est l’histoire de Sachem Blight, un Montréalais anglophone des années 30, qui parcourt la planète en quête d’aventure… et de récompenses. Il s’est spécialisé dans la récupération de riches héritiers un peu trop téméraires, perdus dans des contrées hostiles, au grand dam de leurs parents. Il se fait engager par Curtis M. Jenkins, dont le fils s’est perdu dans la contrée la plus hostile qui soit : le Montréal francophone. Bientôt aidé par sa demi-sœur Oxiline, il découvrira que le jeune Jenkins était mêlé à une bien sombre affaire…

Les avis communs

Bien sûr, on commence tranquillement, avec les sujets sur lesquels nous sommes d’accord.

Débarrassons-nous tout d’abord d’une évidence… le roman comporte beaucoup de coquilles. On sent clairement que c’est une erreur d’édition, mais, malheureusement, cela nous a parfois fait décrocher de la lecture. Mais on vous le dit tout de suite : ne vous arrêtez surtout pas à ça! Le roman en vaut largement la peine, et vous seriez déçus de l’avoir snobé pour si peu!

On a aussi senti un changement de ton assez perceptible entre le prologue/l’épilogue et le reste du roman. Et si le Diable le permet est un véritable hommage aux pulps et le prologue et l’épilogue ont une narration qui pastiche à grands traits ce style romanesque. Or, la longueur du livre ne pouvait permettre de rester dans le pulp sans devenir une parodie grotesque. L’écriture plus moderne du reste du roman, plus actuelle, évite à elle seule de tomber dans le cliché trop fidèle.

On y retrouve aussi une très belle peinture des années 30. La transposition du pulp vers l’urbanité québécoise est une des plus grandes forces du roman. Ferrand lance son personnage dans un univers que ce dernier ne contrôle pas, sans avoir recours à des tigres et des shamans. On y retrouve une représentation nuancée des habitants, des conflits de classes et de langues, du pouvoir. On y voit la montée du fascisme, personnifiée par Adrien Arcand (figure de l’extrême droite au Québec des années 30 à 60) lui-même. Dans la même veine, les dialogues de Sacham, anglophone qui tente de parler français, sont drôles sans tomber dans la caricature et rendent le personnage principal attachant.

Enfin, le personnage féminin fort qu’est Oxiline détonne dans l’univers des années 30, et c’est tant mieux. Céder au paternalisme et à la misogynie de cette époque (bien qu’on les aperçoive en filigrane) sans les critiquer aurait été, selon nous, une erreur.

Les points de… divergence

Là où nos avis diffèrent, c’est sur la présence du fantastique dans le roman. Voici, en primeur, la discussion que nous avons eue à ce sujet :

Emmanuelle : Le fantastique est faible et, ma foi, presque inutile, tel qu’il est présenté dans l’histoire. Il n’apporte rien à l’aventure et on voit venir le punch à 100 000 à l’heure.

Etienne : Bien sûr qu’on voit le punch venir : après tout, le roman est un hommage au pulp. L’exagération fait partie de l’hommage et c’est tellement convenu que ça ne peut qu’être voulu… Et ça fait partie du plaisir de se dire “Mais c’est tellement gros!”.

Emmanuelle : Je comprends très bien l’hommage, mais l’auteur dispose d’une plume assez fine et habile pour peaufiner l’intrigue fantastique sans perdre le côté « aventure rocambolesque ». C’est ce que j’aurais aimé voir d’une réécriture du pulp. De plus, j’aime qu’un roman puisse être complet et excellent, sans que le lecteur doive maîtriser tous les codes du genre auquel on rend hommage.

Là où j’ai beaucoup aimé le roman, c’est quand il a réussi à moderniser le pulp, par exemple par la psychologie des personnages ou la relation entre Blight et sa sœur. Tel quel, l’aspect fantastique n’est pas nécessaire, il arrive sur le tard et la confrontation finale est trop rapide.

Etienne : L’irruption soudaine du fantastique, vers la fin, ne m’a pas dérangée, mais c’est vrai que j’aurais pris un peu plus d’étrange, comme précurseur. Par contre, je trouve que l’écriture de Ferrand était au service de l’hommage : il a su garder les codes du pulp, comme la fin un peu fromagée, le punch qu’on voit venir ou le lieu exotique, tout en le replaçant dans un contexte et une écriture plus modernes.

En ce qui a trait aux codes du pulp, même si tu ne les connais pas, ce n’est pas grave : le rythme du récit, la psychologie des personnages, l’ambiance de mystère : tout cela te permet de passer un très bon moment quand même!

Et donc…

Comme vous pouvez le constater, on a eu une très belle discussion sur le sujet! Et pour la petite histoire, personne n’a changé d’avis dans le processus… mais on est très heureux d’avoir pu échanger nos idées!

Oh, et une dernière chose. Les Moutons Électriques viennent de dévoiler la couverture et le résumé de la prochaine aventure de Sachem et d’Oxiline : Le tour du monde en un jour.

Et justement, dans notre discussion, Emmanuelle trouvait que ce serait bien que le prochain roman soit l’occasion de voir une évolution encore plus intéressante de la relation frère-sœur entre les deux protagonistes.

En tout cas, on a bien hâte de le lire pour aller vérifier!

You Might Also Like

No Comments

Laissez votre commentaire!

Recevez nos critiques par courriel!

Recevez nos critiques et nos actualités littéraires directement dans votre boîte courriel!
Courriel
Prénom
Nom
Secure and Spam free...