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La chambre verte, de Martine Desjardins

23 septembre 2017
La chambre verte - Martine Desjardins

Voici notre premier article portant sur les finalistes du Prix des Horizons imaginaires. Les prochains articles porteront sur les autres finalistes : Les Rivières suivi de Les montagnes, de François Blais (L’instant même), Et si le diable le permet, de Cédric Ferrand (Les moutons électriques), Les Cendres de Sedna, d’Ariane Gélinas (Alire) et Rénovation, de Renaud Jean (Boréal).

Martine Desjardins a gagné le prix Jacques-Brossard 2017 avec son roman La Chambre verte publié chez Alto. Découvrez la famille Delorme, qui voue littéralement un culte à l’argent.  Louis-Dollard Delorme et Estelle, les patriarches, règnent d’une main de fer sur leur maisonnée, composée des trois soeurs Delorme un peu singulières : Morula, Blastula et Gastrula, ainsi que de leur fils Vincent. Arrivera alors Pénélope Sterling, une jeune femme qui viendra déstabiliser la précieuse routine familiale et la faire lentement tomber dans une spirale destructrice.

Ce qui frappe d’abord dans La Chambre verte, c’est le narrateur : la maison des Delorme.

Ce point de vue singulier, ainsi que l’influence bien réelle de la maison sur la vie des protagonistes fait flirter ce roman avec le fantastique. Cependant, je pencherais personnellement vers le conte : bien que l’action se déroule à Montréal, il s’agit d’un Montréal fictif, le quartier dans lequel les Delorme ont élu domicile n’existe pas, les personnages, tout comme la relation au monde, sont stéréotypés, et le schéma narratif emprunte beaucoup des codes du genre. Cependant, et cela mérite d’être souligné, les personnages sont plus complexe qu’ils en ont l’air. Desjardins a un style bien à elle et peint ses protagonistes, même les plus détestables, avec beaucoup de finesse.

En tant que conte, et nous le savons d’emblée, il faut prendre le récit avec un grain de sel.

Et c’est tant mieux, car l’histoire est somme toute classique : une famille avec des fantômes dans le placard qui se fait rattraper par son passé. La famille est obsédée par l’argent, nous le savons dès le début, mais leurs rituels, présentés comme clairement parodiques (par exemple le détournement du « Notre Père qui êtes aux cieux » en « Notre Dollar qui est précieux »), en sont venus à m’irriter par leur flagrance. Desjardins a certes créé un univers fort, mais m’a parfois semblé tomber dans la facilité.

Une fois l’univers bien posé, le récit s’étire un peu trop, si bien qu’il m’est presque arrivé à quelques reprises de m’ennuyer pendant la lecture. Heureusement, la plume de Desjardins est magnifique, et pose des touches d’humour parfois bon enfant, parfois grinçant, qui font qu’on a toujours un sourire en coin lors de la lecture.

Une fois le livre refermé, une question se pose : que retenir de La Chambre verte?

La critique évidente du capitalisme, de l’économie et de l’argent comme valeurs; les personnages stéréotypés; l’histoire classique et un peu longuette : tout cela fait naturellement partie de la démarche : faire un conte moderne portant sur le culte de l’argent.

Heureusement, la plume de Martine Desjardins réussit à transcender les travers de ce roman et à l’amener là ou personne d’autre n’aurait pu l’amener, et nous rappelle la voix unique de cette auteure.

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