Critiques

Les Murmurantes, publié chez Les Six Brumes

24 mars 2017
Les Murmurantes - Les Six Brumes - Étranges Lectures

Le concept de Les Murmurantes provoque la curiosité : six auteurs, tous originaires de la Mauricie, écrivent chacun une nouvelle se déroulant dans cette région. On y retrouve donc les récits de Raphaëlle B. Adam, Michel Châteauneuf, Mathieu Croisetière, Frédérick Durand (dont vous pouvez trouver la critique de son roman Quand s’éteindra la dernière chandelle ici), Ariane Gélinas et François Martin.

Le recueil s’ouvre, après une magnifique couverture de Joanie Gélinas et un avant-propos d’Ariane Gélinas, sur “Les heures indolentes”, de la même auteure. Damiane, adepte de l’exploration rurale, ou rurex, visite le village de Clova, qui semble étrangement abandonné. Ignorant les avertissements du seul villageois présent, qui la somme de partir, elle décide de rester. En alternance avec l’histoire de Damiane, on suit à rebours l’histoire d’une femme mise à mort par les habitants du village au moyen d’un étrange rituel. Avec une histoire qui aurait pu basculer dans le cliché, Ariane Gélinas produit ce qui est probablement la meilleure nouvelle du recueil. Cette histoire de sorcellerie bénéficie de la plume précise de son auteure et d’une mise en place qui fait monter la tension tout en douceur, implacablement.

Suit “Les chutes”, de Mathieu Croisetière, où l’on voit une soirée entre amis tourner à l’étrange. Le récit est ponctué de flashbacks, peut-être même un peu trop. Cela complexifie l’intrigue sans pour autant lui apporter une profondeur supplémentaire, la temporalité ne jouant pas de rôle significatif dans l’histoire. L’ambiance est cependant la mieux rendue du recueil : tout en nous rappelant les soirées passées entre amis au début de l’âge adulte, la nouvelle construit une ambiance lovecraftienne où le mystère et la tension sont palpables du début à la fin.

Vient ensuite “Le Club des 4 contre les Disciples de Théo”, de Michel Châteauneuf, une nouvelle pour laquelle j’ai un avis ambivalent. Adroit pastiche des romans policiers pour enfants (Le Club des cinq, ou dans une certaine mesure Bob Morane), j’ai eu de la difficulté à lui trouver une voix qui lui est propre. L’histoire se déroule au Collège de Trois-Rivières, ou 4 adolescents découvrent un sombre secret à propos de certains de leurs professeurs. Jouant habilement avec la thématique de l’agression sexuelle chez les religieux (entreprise dangereuse dont l’auteur s’est fort bien tiré), le récit mène à une finale horrifique très bien rendue. J’ai cependant moins aimé ses longueurs ainsi que certains personnages qui m’ont semblé superflus. Il n’en demeure pas moins un bel hommage à ce genre de romans.

Silvestris”, de Raphaëlle B. Adam, est une nouvelle fantastique qui met la thématique du retour aux origines à l’honneur. Marie-Chloé hérite de la maison de sa grand-mère. Lors de son arrivée au village, elle remarque que des enfants disparaissent et commence à enquêter. Bien que l’histoire penche parfois dangereusement vers le cliché, l’auteure réussit à s’en tirer grâce à un personnage crédible et un style bien maîtrisé. Une belle surprise.

Avec “Temps double, François Martin propose un récit fantastique, à la lisière de l’horreur, à la facture classique très bien maîtrisée. Simon, un jeune garçon, se fait donner une montre par son grand-père, qui lui dit qu’elle peut régler ses problèmes. Mais pas à n’importe quel prix, comme il le découvrira rapidement. Ce fameux désir que nous avons tous de réécrire certains moments de notre vie est admirablement rendu dans cette excellente nouvelle.

Le recueil se termine par la plus longue nouvelle, plus près d’une novella, “Le Saloon des deux crânes”. Écrite par Frédérick Durand, elle raconte l’histoire de Steve et Julie, un couple à la dérive, qui se retrouvent à un étrange saloon au Festival western de Saint-Tite. L’ambiance est superbe : avec un mélange d’humour et d’horreur, Durand nous transporte dans un univers western fantastique qui possède sa propre volonté et qui a des desseins pour le moins inquiétants. Les personnages sont tout aussi bien rendus : on passe d’un personnage à l’autre et leur dialogue interne est d’un réalisme bluffant. Bien que la finale, proche du cliché, m’ait laissé un peu sur ma faim, la lecture en vaut largement la peine.

***

Au final, Les Murmurantes est un recueil intéressant, qui donne la parole à de nouveaux auteurs ou à des auteurs méconnus. Si vous aimez les recueils de nouvelles, je vous propose aussi de jeter un coup d’oeil au Solaris numéro 200 et à Ce qui reste de démons de Daniel Sernine, deux ouvrages particulièrement bien réussis!

Éditer un recueil de nouvelles d’auteurs différents est toujours une entreprise périlleuse : la qualité varie souvent entre les textes et les ventes sont souvent moins intéressantes que celles d’un roman. Les Six Brumes peuvent se rassurer : il s’agit d’un bel ouvrage qui a sa place dans la bibliothèque de tout bon amateur de fantastique québécois.

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