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Celui qui reste, de Jonathan Brassard

10 juin 2016
Celui qui reste, de Jonathan Brassard

Le 21 mai dernier, au Congrès Boréal, ont été annoncés les 3 finalistes pour le Prix Jacques-Brossard – Le Grand Prix québécois de la science-fiction et du fantastique. Les finalistes étaient Le Jeu du Démiurge, de Philippe-Aubert Côté, M9A Il ne reste plus que les monstres, de Bruno Massé et Celui qui reste, de Jonathan Brossard.

Sans hésiter, nous avons décidé de critiquer les trois romans; j’ai donc choisi Celui qui reste, un roman de Jonathan Brassard paru chez Tête Première à la fin de l’année dernière.

Jonathan Brassard se met lui-même en scène comme narrateur principal du roman. Rimouskois d’origine expatrié à Montréal, Jonathan rencontre dans un bar un ancien habitant de Rimouski qui lui rappelle un fait divers datant d’il y a 20 ans : deux habitants de Saint-Sieur-des-Quatres-Cascades, Alix Thériault et Raymond Savard, s’étaient donné la mort en se jetant en bas du pont de Rimouski. Poussé par la curiosité, Jonathan entreprend des recherches qui lui font découvrir le sombre secret du petit village. Une inexplicable épidémie a transformé de nombreux habitants du village en oiseaux géants. Il décide d’en faire le sujet de son deuxième roman et écrit l’histoire de Saint-Sieur en donnant la parole aux habitants de l’époque et principalement à Alix, le chasseur. « Celui qui reste » mérite que cette histoire soit racontée.

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Je lis peu, et lentement. Je sais, pour écrire dans un blogue, ce n’est pas l’idéal. Mais si je vous dis ceci, c’est parce que j’ai lu ce roman en quelques jours à peine, moi qui prends souvent des semaines à terminer un seul ouvrage.

Celui qui reste est un roman très maîtrisé. Même si nous en connaissons dès le départ la fin tragique – la mort d’Alix Thériault et de Raymond Savard -, Brassard raconte son histoire en cultivant le mystère, en posant une à une les pièces de son casse-tête, sans toutefois tomber dans les clichés d’un roman policier. L’histoire suit simplement, inexorablement, son cours vers son aboutissement tragique. Le fait que quelques rebondissements soient prévisibles n’enlèvent rien au plaisir de lecture.

Mais derrière ce plaisir se cache bien souvent le malaise. Car cette histoire, c’est surtout celle de la rencontre avec l’Autre, qui prend bien trop souvent la forme d’une confrontation, d’un rejet.

L’autre fait peur, devient le bouc émissaire, représente le mal; et cette constatation est malheureusement toujours d’actualité. Dans son roman, Brassard prend bien soin de montrer jusqu’où la haine et la peur peuvent mener. Et nous le fait réaliser du même coup. Cette force du roman est aussi à mon avis une de ses faiblesses : à trop vouloir montrer cette peur, cette haine, Brassard simplifie un enjeu autrement plus complexe. Les personnages, pourtant bien construits, agissent de manière manichéenne, suivant le scénario qui a été écrit pour eux.

Mais malgré cela, on y croit. À un certain moment, le narrateur se fait demander de quoi parle son livre. Il répond, avec justesse : « Disons que ça parle de la relation père-fils et de la marginalité, entre autres.». Il aurait aussi pu dire qu’il parle de la vie d’un petit village comme bien d’autres.

Dans sa manière de décrire Saint-Sieur-des-Quatres-Cascades et ses habitants, Brassard décrit tous les petits villages du Québec, et même les grands, dans leur bassesse comme dans leur splendeur.

La prochaine fois que je visiterai le Bas-Saint-Laurent, je ne serais même pas surpris de chercher des yeux un panneau annonçant le petit village, ou même l’ombre d’un bien trop grand oiseau noir, le dernier, “Celui qui reste”.

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Le 8 juin dernier, nous apprenions que le Prix Jacques-Brossard 2016 avait été remis à Jonathan Brassard pour son roman! Nous tenons à féliciter l’auteur, ainsi que tous les finalistes!

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