Critiques

La Splendeur des monstres, d’Esther Rochon

20 avril 2016
La Splendeur des Monstres, d'Esther Rochon

Paru presque en même temps que Faims, de Patrick Sénécal, La Splendeur des monstres, d’Esther Rochon n’a pas bénéficié du même battage médiatique que son frère d’édition. Or, il s’agit d’un ouvrage important pour plusieurs raisons : d’abord parce qu’il inaugure la collection Autrement des éditions Alire et surtout, car il offre une rétrospective inédite et presque intime sur l’œuvre d’une écrivaine majeure des littératures de l’imaginaire québécoises.

La Splendeur des monstres rassemble sept nouvelles qui ont marqué la carrière de Rochon; en fait six, puisqu’une nouvelle, « La Dame Rouge » est inédite et a été écrite spécialement pour ce recueil. Avant chaque nouvelle, l’auteure a écrit un court texte d’introduction sur son contexte d’écriture et de publication, mais aussi – fait intéressant et inusité – sur la place du bouddhisme dans chacune d’elles. Cette doctrine, dont Rochon est adepte, teinte souvent ses écrits, et l’auteure a bien voulu expliquer quelle est la part de bouddhisme dans ses textes.

Le recueil fait magnifiquement honneur à son titre : des monstres, il y en a dans chaque histoire, mais ce ne sont pas ceux que nous attendons. Les monstres de Rochon fascinent plus qu’ils font peur, aiment et sont aimés, sont parfois en nous plus qu’ailleurs.

Pour qualifier l’écriture de Rochon, les Éditions Alire ont créé le terme zen-fiction, une écriture qui allie richesse spirituelle aux genres de la science-fiction et du fantastique. Ces nouvelles l’illustrent à merveille : le style, le ton, tout fait preuve d’une lenteur, d’une intimité distanciée. Comme si l’on regardait les choses, les gens, toujours à travers un regard un peu rieur, peut-être un peu moqueur, mais toujours tendre.

Un sujet d’horreur traité avec une quasi-légèreté; c’est aussi l’illustration parfaite de l’oxymore de son titre que l’on retrouve au cœur de toutes les nouvelles. Dans « L’étoile de mer », une de mes nouvelles préférées, un homme se transforme en monstre – une étoile de mer – alors que le vrai monstre, c’est plutôt la peur de l’autre d’une société fermée sur elle-même, remplie d’êtres humains qui ne sont « jamais devenus adultes ». Dans « L’attrait du bleu » une femme se laisse séduire par un être vivant dans une tache bleue, mais le monstre est plutôt la rupture amoureuse et ses impacts psychologiques.

Or, les thèmes des nouvelles, les histoires, malgré qu’elles soient ancrées dans des genres assez bien définis (fantastique, science-fiction, fantasy, etc.), ont toujours une portée plus large, qui déborde des limites des genres.

Rochon, qui avait gagné le Concours des Jeunes Auteurs de la Société Radio-Canada ex aequo avec Michel Tremblay en 1964, trouve dans La Splendeur des monstres un formidable rappel de son talent. Il ne reste qu’à espérer qu’il parvienne aux lecteurs pour ce qu’il est : le parfait exemple d’une littérature de genre inclusive et d’une plume unique au Québec.

You Might Also Like

No Comments

Laissez votre commentaire!