Critiques

La grande mort de Mononc’ Morbide, de Éric Gauthier

27 mars 2016
La grande mort de Mononc’ Morbide

Le troisième roman d’Éric Gauthier, La grande mort de Mononc’ Morbide, est paru en septembre dernier. N’ayant lu aucun écrit de Gauthier, j’ai découvert un auteur avec un réel talent de conteur (ce qu’il est réellement d’ailleurs) et qui m’a facilement emmené dans son étrange univers.

 

Le roman présente deux histoires parallèles :

 

Celle de Steve, ex-programmeur au chômage. Forcé de déménager, il trouve un logement peu cher qu’il partage avec un vieux bougon en qui il reconnaît l’acteur Edgar Malenfant, qui a interprété Mononc’ Morbide, un personnage d’une émission pour enfants qui a marqué son enfance. Obsédé par le personnage autant que par l’acteur, Steve est dégoûté par le manque d’ambition de Malenfant qui le fait croupir, oublié de tous. Si bien qu’il en vient à échafauder un plan pour lui redonner la gloire qu’il n’a jamais eue : lui offrir une Grande Mort…

 

Et celle d’Élise, la nièce de Malenfant, contre qui la vie semble s’acharner. Après une difficile rupture amoureuse et l’échec de ses plans professionnels, elle se fait contacter par Bernadette, une organisatrice d’événements, qui lui propose de participer à la création de la fête privée d’un client riche et excentrique. Et qui commence à croire que sa tante Bernadette avait raison lorsqu’elle parlait d’un Rôdeur qui hante la famille Malenfant depuis des décennies…

 

Évidemment, les histoires finiront par s’entremêler…

 

Éric Gauthier instaure dès le départ un univers réaliste, mais décalé, où les personnages sont bien souvent prisonniers de leurs obsessions. Ceux-ci sont d’ailleurs très bien campés, et leur psychologie finement développée, Edgar Malenfant le premier. C’est lorsqu’il est présent que le roman excelle. Les relations entre les personnages (et leur évolution) sont fascinantes tout au long du récit.

 

La grande mort de Mononc’ Morbide est écrit de manière dynamique, sans grandes longueurs malgré ses 526 pages. D’abord réaliste, il laisse place au fantastique par petites touches, jusqu’à la révélation de la fin du deuxième acte, qui fait basculer le livre plus sérieusement dans ce genre. C’est d’ailleurs là que le roman perd un peu de son inspiration; le troisième acte, bien que le plus court, manque de ce souffle qui l’illuminait jusqu’alors. Cela ne vient toutefois pas gâcher la lecture, loin de là : Éric Gauthier a écrit là un excellent roman qui plaira autant aux amateurs d’un fantastique tout en subtilité qu’à tous ceux qui ont envie de côtoyer des personnages excentriques, grognons, imaginatifs, égarés dans leurs propres vies ; bref, vrais.

 

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