Critiques

Quand s’éteindra la dernière chandelle

18 décembre 2015
Florent Lemaître est un célibataire ordinaire qui travaille dans un kiosque à journaux. Un soir, il accepte de participer à une soirée organisée par un ami d’enfance. Au cours de la soirée, il prend part à une discussion sur l’occulte où il affiche son scepticisme. Mis au défi par son hôte, Lemaître écrit une lettre aux Ténèbres pour leur demander de l’accompagner jour et nuit. Rapidement, les événements étranges s’enchaînent et Lemaître se demande si sa lettre était aussi inoffensive qu’il le croyait. S’ensuit une lente descente dans la peur et la noirceur, alors que Lemaître est confronté à la réalisation de son désir.
Voici la trame du roman de Frédérick Durand Quand s’éteindra la dernière chandelle, paru en France plus tôt cette année, chez Rivière blanche, dans la collection « noire ». Il s’agit, sans contredit, de son œuvre la plus déroutante et la plus anxiogène. Durand prend le temps de placer son personnage, d’installer sa psychologie et son environnement avant de le plonger, et le lecteur avec lui, dans une chute vertigineuse vers les ténèbres et l’horreur. Bien que Quand s’éteindra la dernière chandelle ne soit pas un roman d’horreur comme on est habitué d’en lire, il n’en appartient pas moins au genre, ne serait-ce qu’en raison de l’atmosphère oppressante qui piège le lecteur et l’oblige à poursuivre sa lecture malgré un malaise psychologique et physique de plus en plus prononcé.
C’est là que se situe le talent de Durand. Il parvient à troubler le lecteur en utilisant les ressorts classiques du roman d’horreur, tout en y insérant sa touche personnelle. Ici, il s’agit manifestement du langage, d’où se dégage une poésie noire aux relents sulfureux et toxiques. La plume de Durand est travaillée à l’extrême, ce qui donne des images troublantes, qui nous rapproche parfois des meilleurs textes de Lovecraft ou encore de certains romans de Shirley Jackson.
Durand a eu la brillante idée de mettre en scène un personnage banal qui se distingue toutefois par son scepticisme et son esprit cartésien, qu’il conservera tout au long du récit, malgré l’accumulation toujours plus grande de signes que les Ténèbres ont bel et bien envahi sa vie. Cette opposition constante entre les descriptions abjectes et la volonté du personnage de découvrir une explication rationnelle aux événements étranges qui surgissent dans son existence autrefois tranquille affecte directement le lecteur et ne lui laisse aucun répit.
Bref, voilà un roman d’horreur incontournable, qui saura vous déstabiliser et vous sortir de votre zone de confort. En prime, on retrouve trois nouvelles parues précédemment dans différentes revues : « L’heure approche où j’aurai tes yeux », « Quand revivra le théâtre inerte » et « Le chemin délesté ». Il est à noter que le roman n’est pas en vente en librairie, mais peut toutefois être commandé en ligne sur le site de l’éditeur.

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