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Table ronde : La littérature de « genre », fantastique, horreur et science-fiction au Québec

8 décembre 2015
Le samedi 21 novembre, à la Maison des libraires, a eu lieu la table ronde « La littérature de “genre”, fantastique, horreur et science-fiction au Québec » animée par Billy Robinson. Les auteurs Philippe Aubert-Côté, Ariane Gélinas et Vic Verdier étaient au rendez-vous pour traiter, entre autres, de la publication de la littérature de genre, de la surproduction littéraire et du style québécois.
Pour commencer, un petit portrait de nos auteurs :
Cette année, Philippe Aubert-Côté a publié son premier roman (ou plutôt deux romans réunis en une intégrale) intitulé Le Jeu du Démiurge chez les éditions Alire. Ce « Game of Thrones » sans être humain (c’est ainsi que l’auteur le définit) n’était à l’origine qu’un simple jeu d’atelier devenu nouvelle, ensuite novella, pour finir, au bout de 2 ans, sous forme de roman.
Ariane Gélinas a publié, en plus de plusieurs nouvelles (dont un recueil chez les Six brumes intitulé Le sabbat des éphémères), la trilogie Les villages assoupis, chez Marchand de feuilles. L’auteur possède une passion pour les villages disparus et l’histoire. Dans sa trilogie, c’est un Québec de l’arrière-pays teinté de fantastique qu’elle nous présente.
Vic Verdier est l’auteur de cinq romans. Véritable caméléon littéraire, il a écrit un thriller à saveur historique (L’imprimeur doit mourir aux éditions XYZ), un roman policier (Cochons rôtis, également chez XYZ) et une uchronie steampunk (L’Empire bleu sang aux éditions Joey Cornu).
Les trois invités ont parlé de l’écriture du roman et de la nouvelle. Quelle est leur forme de prédilection? Pour Ariane, c’est l’idée qui détermine le médium nécessaire; la nouvelle permettant un condensé d’intensité, alors que le roman, avec son ampleur, permet d’amener tranquillement l’intensité. Pour Vic, le roman est plus adapté à son style puisque la mécanique y est plus facile à détailler. Cependant, L’Empire bleu sang ainsi que Cochons rôtis sont nés sous la forme de nouvelles. Philippe, lui, se sent à l’étroit dans la nouvelle. Le roman lui permet de lier plusieurs histoires et d’atteindre le grandiose.
Quelques maisons d’édition publient de la littérature de genre, certaines exclusivement, d’autres avec parcimonie. Mais est-il difficile de publier de la littérature de genre au Québec? Il semblerait qu’il soit plus facile de le faire aujourd’hui. Philippe a l’impression que le public est plus ouvert, qu’il est moins dans le jugement du genre. Cependant, il remarque que le pourcentage d’œuvres publiées est plus élevé en littérature jeunesse. Selon Vic, les geeks se cachent moins, puisque la culture de genre est étroitement liée à la culture populaire (ex. : Game of thrones), ce qui entraîne une plus grande accessibilité (il ne s’agit plus d’un club exclusif). Le genre se taille une place, mais les éditeurs vont-ils suivre?
On entend souvent qu’ici on a une saveur particulière : la saveur québécoise. Les auteurs québécois ont-ils un style distinctif? La réponse est unanime : oui! Arianne croit que c’est en raison de la présence du surnaturel dans notre histoire et nos légendes. Elle mentionne aussi notre particularité géographique, l’occupation du territoire, la nordicité, la culture autochtone qui sont constamment au cœur de notre culture. Pour Vic, il s’agit d’un mélange de style européen du nord et d’un rythme américain, mais le Québec a un complexe d’infériorité; il a peur du grandiose. Les États-Unis, dans toutes leurs histoires de fin du monde, sont toujours les derniers survivants : New York ou Los Angeles tient toujours le coup face à l’attaque zombie. Les auteurs d’ici doivent se donner le droit d’être aussi impérialistes qu’aux États-Unis. Il ne devrait pas y avoir de complexe à centrer nos histoires ici. Philippe, lui, a toujours trouvé que la littérature de genre des États-Unis (traduites en France) était pleine de bonnes histoires pas très bien écrites et que la littérature de genre française avait une prose magnifique, mais des histoires moins bien ficelées. Au Québec, nous bénéficions d’une belle langue vivante et d’histoires structurées. Il y a un réel savoir-faire québécois.
La surproduction littéraire est un véritable problème et la littérature de genre n’y échappe pas. On croit tous avoir une histoire qui mérite d’être racontée. Ce qui explique que la littérature québécoise soit submergée par la production anglo-saxonne traduite et la production française. Selon Vic, il y a une demande du public, mais celui-ci ce méfie de ce qui est publié au Québec parce qu’il craint que ce ne soit pas aussi bon que ce que les géants font. La littérature de genre fonctionne en ce moment parce qu’elle passe par d’autres médiums comme le cinéma et la télévision (Hunger Games et Harry Potter). Le Québec manque de succès de ce genre avec lesquels les enfants peuvent grandir.
Comment peut-on se distinguer, faire comprendre au lectorat qu’on produit de la littérature de genre et de la bonne? Philippe et Vic croient que le problème ne se trouve pas dans les moyens. Le premier lance l’idée que le nombre moins grand de lecteurs francophones est un handicap. Le second avance que le problème en est un d’économie, d’offre et de demande. Plus de campagnes de publicité sont nécessaires (ex. : le succès des micro-brasseries québécoises). Ariane, elle, croit qu’il faut décloisonner, briser les idées reçues. Ne pas seulement avoir accès aux prix de littérature du genre, mais à ceux de la Littérature. Il faut donner à notre littérature une plus grande place au niveau collégial.
La rencontre s’est close par quelques suggestions de lecture des invités :
Ariane :
Le Jeu du Démiurge de Philippe Aubert-Côté chez Alire
Amblystone de M. V. Fontaine chez Québec Amérique
Vic :
M9A, il ne reste plus que les monstres de Bruno Massé chez Sabotart
2054 d’Alexandre Delong chez XYZ
Philippe :
La splendeur des monstres d’Esther Rochon chez Alire

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